Le général d’Armée Cheikh Gueye: «Le niveau de violence a fortement baissé en Casamance au cours de ces dernières années »

24/12/2019

Après plus de quarante ans de bons et bons loyaux services, le Chef d’Etat major général des armées (Cemga), le général d’armée Cheikh Guèye fait ses adieux ! promu dans la deuxième section, le général Cheikh Guèye part avec la fierté d’avoir été au service de son pays. avec loyauté, compétence et abnégation. après avoir rendu grâce à Dieu, il exprime sa très profonde gratitude au président de la république, Chef suprême des armées, pour la confiance qu’il avait placée en lui, en lui confiant les destinées des armées pendant trois ans.

Le Témoin : Mon général, après près de 40 ans de bons et loyaux services rendus à l’Armée et à la nation sénégalaise, quel sentiment vous habite à la veille de passer dans la deuxième section?

Général Cheikh Guéye : Je ressens à la fois un sentiment de tristesse, de fierté et d’espoir. L’Armée est notre seconde famille, si ce n’est la première. Quand on y sert sans interruption pendant près de quarante ans avec des amis, des frères d’armes, on se sent triste au moment de quitter. Je pars, également, avec un sentiment de fierté d’avoir été au service de mon pays. C’est le lieu, ici, de rendre grâce à DIEU, de remercier mes parents, mon épouse et mes enfants. J’exprime également ma très profonde gratitude au Chef de l’Etat, Chef suprême des armées, pour la confiance qu’il a placée en moi en me nommant à la tête du commandement de nos armées pendant ces trois dernières années. Je suis également reconnaissant à mes collaborateurs, au premier rang desquels le Sous-chef d’état-major général des Armées, pour leur fidélité et leur engagement à mes côtés. Au moment de rejoindre la deuxième section, j’ai également une pensée pieuse envers nos frères d’armes arrachés à notre affection. Je réitère ma profonde compassion à leurs parents et à leurs proches.

En tant que Cemga sortant, quel bilan tirez-vous de votre commandement placé sous le signe de la défense, de la sécurité sous régionale, de la protection individuelle des soldats en opération et surtout du social?

Il convient de rappeler que le Chef de l’Etat est le Chef suprême des Armées. A ce titre, il définit la politique de défense de la Nation et fixe ses orientations sur la base desquelles nous définissons les nôtres en direction de nos grands subordonnés. Les Armées sont en première ligne dans l’exécution de la mission régalienne du Président de la république qui, en vertu de notre charte fondamentale, est chargé du respect des engagements internationaux du Sénégal et la défense de l’intégrité du territoire national, en particulier dans le Sud du pays en proie à un mouvement irrédentiste depuis bientôt quarante ans. Dans ce cadre, les Armées s’attèlent en permanence à l’exécution du mandat qu’elles ont reçu et qui consiste en partie à disposer d’une force de manœuvre capable d’intervenir simultanément dans deux directions différentes dans un conflit de moyenne intensité et de participer au maintien de la paix et la sécurité sous régionale dans le cadre bilatéral de la Cedeao, de l’Union Africaine ou internationale dans le cadre des Nations unies. Pour ce faire, il nous a fallu une gestion rigoureuse et rationnelle de la ressource. Fondamentalement, nous avons pu établir et maitriser un cycle basé essentiellement sur le triptyque engagement intérieur, engagement extérieur, préparation opérationnelle et remise en condition. Ce cycle nous a permis de mieux préserver notre potentiel et une meilleure mise en condition opérationnelle de nos unités ;

« L’Armée sénégalaise poursuit sa montée en puissance à la hauteur des enjeux du moment… »

S’agissant de notre engagement intérieur, il tourne essentiellement autour de la sécurisation des régions méridionales et orientales, mais aussi de la conduite d’actions de présence sous forme de nomadisations sur l’ensemble du territoire national. Quant aux opérations extérieures, elles rentrent dans le cadre de notre contribution aux opérations de paix partout où celle-ci est menacée au sein des organisations dédiées. C’est ainsi que sur le plan de la sécurité sous régionale, nous participons aux opérations de soutien à la paix au Mali, en Gambie, en République de Guinée Bissau et, ailleurs en Afrique, nous disposons d’un contingent en République centrafricaine axé principalement sur une composante hélicoptères de combat. Enfin, la préparation opérationnelle occupe une place prépondérante dans la mesure où elle conditionne le succès dans les opérations et constitue un baromètre pour apprécier le professionnalisme d’une armée. Cette phase est également mise à profit pour les différents stages et une remise en condition de nos unités. Sur un autre registre des efforts conséquents ont été consentis au profit des différentes armées (terre, air et mer) pour une montée en puissance à la hauteur des enjeux du moment et la création d’unités spéciales. Un accent particulier a été mis dans l’acquisition d’équipements spécifiques pour la protection individuelle et collective de nos hommes mais également sur la puissance de feu. Au plan des infrastructures, de belles réalisations ont été obtenues, en particulier avec la rénovation complète de l’Ecole nationale des officiers d’active de Thiès qui dispose maintenant d’un cadre digne des plus grandes académies, du 12 ème d’instruction à Dakhar Bango complètement modernisé pour accueillir les recrues du contingent dans d’excellentes conditions. Dans la même veine, de nouveaux cantonnements ont été érigés à Louga, Ourossogui, Kédougou et Némanding pour abriter de nouvelles unités. Enfin, l’état-major général des armées a bénéficié d’infrastructures modernes qui ont considérablement amélioré les conditions de vie et de travail des personnels. S’agissant du devoir de mémoire, plusieurs camps et centres d’entraînement ont été baptisés au nom de grands anciens et de défunts camarades qui ont rendu des services exceptionnels aux Armées et à la Nation. En outre, la revalorisation de la condition militaire est une réalité tangible. Depuis 2012 en effet, le traitement des militaires a été sensiblement amélioré, les invalides ont obtenu un soutien conséquent et les primes servies en opérations ont été revues à la hausse. Le pôle social des Armées a été également au rendez-vous et des progrès notables ont été obtenus dans la prise en charge sanitaire, l’accès au logement, l’accompagnement des veuves et des orphelins, la reconversion des retraités et des libérés du contingent.

Mon général, votre commandement restera surtout marqué par l’intervention sénégalaise sous l’égide de la Cedeao pour chasser l’ancien président Yaya Jammeh. Que retenez-vous de cette mission qui porte votre marque en tant que chef de guerre?

Vous savez, notre mission en Gambie a été riche en enseignements. Nous avons été en mesure de projeter, en autonome, une force de manœuvre opérationnelle avec toutes les composantes nécessaires en termes de fonction opérationnelle dans des délais courts, afin d’exécuter le mandat reçu du Chef de l’Etat. Nous avons été en mesure de planifier dans l’urgence cette opération, en liaison avec nos partenaires de la Cedeao. A noter que nous n’avons pas eu besoin de dégarnir nos positions dans les zones méridionales et l’engagement d’un fort contingent en Gambie n’a eu aucun impact sur la participation de notre pays à la sécurité collective. Nous avons continué à dérouler notre agenda avec des unités en regroupement pour effectuer à dates échues les différentes relèves.

A Washington vous avez fait votre entrée dans le Hall of Fame (Panthéon) de l’Université de défense américaine. Que représente cette distinction pour vous?

(Rires) Je perçois cette distinction à sa juste valeur. De mon point de vue, c’est le Sénégal et les Armées qui ont été honorés. C’est le Sénégal qui m’a donné l’opportunité d’y effectuer un séjour. Je l’ai dédié par conséquent à Monsieur le Président de la République et aux Armées.

Mon général, ces cinq dernières années, le président de la République Macky Sall, chef suprême des Armées, a consenti d’énormes efforts pour l’acquisition d’équipements de pointe pour nos Armées. Pensez-vous que cette montée en puissance soit suffisante pour faire face aux menaces sous régionales (criminalité transfrontalière, terrorisme jihadistes, etc.) surtout au moment où le Sénégal doit protéger ses ressources gazières et pétrolières?

Les efforts consentis par le chef de l’Etat ont démarré dès son accession à la magistrature suprême. Il a conforté le moral dans les rangs, par une revalorisation significative de la condition militaire. Sur le plan doctrinal, il est l’initiateur du nouveau concept de défense et de sécurité national qui prend en compte les menaces émergentes. Aujourd’hui, les Armées dans toutes leurs composantes, ont vu leur potentiel s’accroître. C’est important parce que l’efficacité opérationnelle est tributaire de ces différents facteurs : le moral, l’équipement et l’entrainement. Pour ce dernier point, nous avons renoué avec les campagnes de tir de grande envergure à Dodji et nous avons repris les manœuvres nationales interarmes et interarmées avec nos moyens propres. Donc, il est indéniable que des efforts importants ont été consentis. Cependant, il reste des capacités à parfaire et l’exécution progressive du plan stratégique d’équipement y contribue. Il est à noter l’effort particulier qui a permis de restaurer notre flotte maritime qui nous confère désormais les capacités hauturières de surveillance et de contrôle de nos eaux territoriales. En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, outre la capacitation des forces nationales, il est fondamental que nous parvenions davantage à une synergie d’action, à l’intérieur, entre les différentes forces de défense et les forces de sécurité mais, également, avec les pays de la sousrégion, par l’organisation d’opérations conjointes, l’échange de renseignements et l’harmonisation des législations en matière de lutte contre les organisations extrémistes violentes.

Le G5 Sahel regroupe cinq pays de la bande sahélo-saharienne, à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Pourquoi le Sénégal, devenu une puissance militaire sous régionale, n’en fait - il partie?

La non implication du Sénégal dans le G5 Sahel est une question qui ne relève pas de mon ressort. Dans tous les cas, le Sénégal participe aux opérations de sécurisation au Mali avec des effectifs très importants qui le placent parmi les premiers contributeurs.

La plupart des observateurs constatent que les femmes militaires du rang sont souvent confinées dans les corps d’administration et autres secrétariats. Leur recrutement dans l’Armée n’est-il pas un échec?

Non ! L’intégration du personnel féminin n’est pas un échec, loin s’en faut. Il n’existe aucune discrimination à l’égard du personnel féminin, relativement à l’accès aux emplois, encore moins pour l’avancement dans les grades. Le recrutement se fait aujourd’hui dans toutes les catégories et les fonctions exercées sont de plus en plus diversifiées. Les Armées sénégalaises ont toujours fonctionné selon le principe de la qualification et du mérite et cela continue. Nous procédons régulièrement à des évaluations de la présence du personnel féminin dans les Armées et prenons les mesures correctives nécessaires. Quant à la question de l’intégration des femmes au sein des unités combattantes, il convient de la considérer sous le prisme de la progressivité. Du reste, le personnel féminin a commencé à être engagé dans certains emplois techniques et à des postes de responsabilité en opérations extérieures. Le retour d’expérience montre que leur engagement a été très concluant.

Mon général, les soldats ont beaucoup apprécié votre récent et long séjour en Casamance. Quel était l’objet de cette mission?

En Casamance, comme à Tambacounda, Saint-Louis etc, les visites régulières que nous effectuons revêtent un double caractère. Il s’agit d’abord de s’enquérir de la situation sur le terrain, en s’informant sur les questions relatives aux opérations et la logistique, afin de donner aux autorités sur le terrain les orientations nécessaires et trouver des solutions durables à leurs préoccupations d’ordre matériel. Ensuite, notre présence aux côtés des personnels en opérations intérieures et extérieures est de nature à rehausser leur moral. En effet, une visite d’inspection sur le terrain renseigne beaucoup mieux qu’une centaine de rapports ou de comptes rendus.

Depuis l’accession du président de la République à la magistrature suprême, le calme est revenu en Casamance où il n’y a pratiquement plus d’attaques ou d’exactions sur les populations. Quel rôle a joué l’Armée nationale dans ce retour à la paix?

(Regard hostile) Il est vrai que le niveau de violence a fortement baissé au cours de ces dernières années. C’est le lieu de féliciter tous les acteurs qui y ont contribué et de s’incliner devant la mémoire de ceux qui y sont tombés au champ d’honneur. Notre dispositif de sécurisation n’est pas figé. Il est fonction de la situation sécuritaire. Celle-ci est constamment suivie et évaluée, afin d’adapter le volume de forces et les moyens qui leur sont consacrés. Nous avons adopté une posture dynamique qui se traduit par des patrouilles sur l’ensemble de la région naturelle de la Casamance afin d’anticiper les menaces et de contrer l’occurrence de toute violence contre les populations civiles. Nous sommes également à la pointe du combat contre les trafics illicites, celui du bois en particulier. Des efforts importants ont été consentis par les pouvoirs publics pour améliorer la mobilité, la puissance de feu et la protection des unités par la dotation d’équipements spéciaux. C’est ce qui explique le bilan satisfaisant en termes de saisies régulières et importantes de bois, de drogue et de produits illicites.

Le chef suprême des Armées, le président de la République a récemment créé une Agence pour le Logement des Forces Armées (ALFA). Cette agence est-elle opérationnelle? Si oui, quelles sont ses réalisations?

L’Agence pour le Logement des Forces Armées (ALFA) effectue un travail remarquable sur toute l’étendue du territoire national. La création de cette agence répond à un besoin opérationnel et à un souci de mettre les familles dans de meilleures conditions de vie. Dans quasiment tous les cantonnements, le patrimoine bâti était dans un état de délabrement très avancé et des bâtiments menaçaient même de tomber en ruine. De ce fait, les militaires préféraient généralement vivre en location dans le domaine civil. Aujourd’hui, grâce aux travaux de réfection entrepris, voir la construction de bâtiments neufs, les militaires reviennent loger dans les casernes où ils sont plus disponibles pour le service et bénéficient de meilleures conditions pour les familles.

Comment comptez-vous fermer le ban de cet entretien?

Pour fermer le « ban » comme vous le dites, je voudrais exprimer toute ma confiance pour l’avenir. Je suis convaincu que l’outil militaire que nous avons hérité de nos anciens, continuera à rester professionnel, au service exclusif de la Nation sénégalaise. Nous avons des femmes et des hommes de très grande qualité et nous continuerons de bénéficier de la sollicitude du chef de l’Etat, Chef suprême des armés, afin que le Sénégal continue de bénéficier de la paix et la sécurité indispensables pour parachever les grands chantiers en cours pour le développement économique et social.


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