Le cas Aminata Touré : entre mensonges et manipulations

22/12/2016

Le cas de l’ex premier ministre Aminata Touré est pathologique. Il est symptomatique et représentatif de notre classe politique actuelle : mentir, toujours mentir, se tailler de beaux rôles qu’on a jamais joués dans sa vie, se verser dans la manipulation de l’opinion publique (avec la complicité et la complaisance de la presse), etc.


Le dessein ultime de ce spectacle permanent d’egocentriques est de se donner une importance et une crédibilité que l’on ne dispose pas et, subséquemment, parvenir à se tailler une place dans le cercle restreint du Président de la République, gage d’un accès privilégié aux prébendes et sinécures de la république. Les propos d’Aminata Touré relatifs à «sa décision de décliner l’offre d’Antonio Guterres d’occuper le poste Vice-Secrétaire générale et de rester auprès du Président Macky Sall» ont été largement relayés. Sans filtre, ni analyse. Même s’ils puent l’odeur nauséabonde d’une énième tentative de manipulation du peuple. Avant de démontrer la fausseté de ces propos, cette nouvelle tentative de manipulation offre l’opportunité de revenir sur un point noir de son CV qu’elle doit impérativement éclairer : l’obtention d’un Doctorat ou d’un Ph.D en «Management financier international» qu’elle se prévaut. Toute personne attentive a pu remarquer le titre pompeux de «Dr» (Docteur) que lui sert sa cellule de communication. Qui peut affirmer, avec exactitude, le sujet de sa thèse, le lieu et l’année de sa soutenance ainsi que les publications subséquentes dans des revues scientifiques d’évaluation par les pairs ? À ma connaissance, personne ! Voici les résultats des investigations menées relativement à ce point noir de son CV qui ressemblerait beaucoup plus à une supercherie. Elles sont factuelles, documentées et prouvées.
Un CV badigeonné


Tout indique qu’Aminata Touré ne serait pas titulaire d’un Doctorat en «Management financier international» contrairement à ce qu’affirmait sa biographie officielle diffusée par le Gouvernement du Sénégal suite à sa nomination comme Premier ministre et en dépit de ce que continuent de prétendre ses «Amis de la Diaspora» et sa cellule de communication.
En effet, dans la biographie officielle d’Aminata Touré diffusée par le gouvernement sénégalais (http://www.gouv.sn/IMG/article_PDF/article_a1483.pdf ), on y apprenait qu’elle a couronné son «cursus universitaire à l’École internationale de management de Paris III par l’obtention d’un PhD en Managament financier international.» Pour celles et ceux qui connaissent Paris III (L’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3) savent que cette université est exclusivement dédiée aux Humanités (http://www.univ-paris3.fr/l-universite-sorbonne-nouvelle-paris-3-165136.kjsp?RH=ACCUEIL ). On y apprend et on y sort diplômé en Arts du spectacle, en Information & Communication, en Sciences du langage, en Langues, en Lettres et en Sciences humaines & sociales, mais non en «Management financier international». Donc, chose gravissime, la biographie officielle de la dame diffusée par le gouvernement recelait des informations fausses et trompeuses que seule l’intéressée aurait pu inclure dans son CV présenté au Président de la République lors de sa nomination.
Sur la page Facebook des «Amis de Mimi Touré de la Diaspora» (https://www.facebook.com/dolimimi.rdm/posts/336110353258877:0 )


il y est écrit que «Dr Aminata Touré» est titulaire d’un «doctorat en management financier international de l’École internationale de management de Paris». On note que l’établissement où son «Doctorat» est obtenu change dans ce document. Ce n’est plus Paris III comme mentionné dans le communiqué officiel du gouvernement sénégalais, mais «l’École internationale de management de Paris» tout simplement. Vérifications faites, on trouve que cet établissement existe bel et bien (http://www.eimparis.com/ ). Toutefois, cet établissement n’a pas de programme doctoral. Il est plutôt orienté vers la pratique professionnelle et, dans le domaine du management, il n’offre que deux diplômes du niveau BAC + 5 ans. Deux vérifications supplémentaires ont été effectuées. La première vérification a été faite sur les bases de données du Ministère français de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid20185/la-formation-doctorale.html ). Elle a permis de découvrir que sur les 273 écoles doctorales accréditées par l’État français dans les établissements autorisés à délivrer le doctorat, «l’École internationale de management de Paris» n’y figure pas (https://appliweb.dgri.education.fr/annuaire/selectEd.jsp ).


La seconde vérification a été menée sur le site qui recense l’ensemble des thèses de doctorat soutenues en France depuis 1985 jusqu’en 2016 (http://www.theses.fr/ ). Sur les 395542 thèses de doctorat soutenues et recensées à ce jour, seules deux (2) ont été défendues par des personnes répondant au nom d’Aminata Touré : une thèse de doctorat en Médecine (biologie moléculaire et cellulaire) soutenue en 2000 et une autre récemment défendue en 2015 en Droit privé.


Pour conclure sur ce point, que ce soit à Paris III ou à l’École internationale de management de Paris, les faits relatés ci-dessus prouvent, sans équivoque possible, qu’Aminata Touré ni disposerait pas d’un Doctorat ou d’un Ph.D en «Management financier international». Elle aurait badigeonné son CV pour se prévaloir d’un titre et d’un diplôme qu’elle n’aurait pas.
Renonciation au poste de Vice-Secrétaire-générale des NU : une imposture
Aminata Touré n’a pas renoncé au poste de Vice-Secrétaire générale des NU. Elle n’a pas été choisie. D’ailleurs, elle ne pouvait pas être choisie, car elle ne remplit pas les critères exigés pour occuper ce poste. C’est tout simple et ce qui suit va le démontrer.



Elle n’a pas été choisie, car dans les processus de nomination, il arrive souvent qu’une personne soit consultée et, qu’au final, elle ne soit pas retenue. La qualité des autres personnes consultées pour le même poste ainsi que la vérification des références (systématiquement effectuée) sont deux facteurs, parmi tant d’autres, qui peuvent amener à reconsidérer une candidature retenue auparavant. En effet, un tour dans la presse internationale aurait permis à quiconque de se rendre compte que, parmi toutes les personnes consultées pour occuper le poste de Vice-Secrétaire générale des NU, la favorite se nommait Mme Amina J. Mohammed, ministre de l’Environnement de la République fédérale du Nigéria.


Son parcours universitaire et professionnel est impressionnant et lui confère, indéniablement, une très grande présomption de compétence : Professeure-adjointe à l’université de Columbia (USA), Conseillère spéciale du Secrétaire général des NU sortant, coordinatrice du Groupe de travail sur le genre et l’éducation pour le projet Objectifs du millénaire des NU, assistante principale du Président du Nigéria pour les objectifs du Millénaire pour le développement, puis Ministre, 30 ans d’expérience en matière de la planification du développement et de développement durable. Last but not least.



Aminata Touré n’a pas été nommée, parce qu’elle ne remplissait pas les critères. En effet, le communiqué en date du 17 décembre 2016 diffusé par un démembrement des Nations Unies, en l’occurrence le Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (WSSCC) dont Mme Amina J. Mohammed va assurer la présidence en sa qualité de Vice-Secrétaire générale, nous apprend que sa «nomination s’appuie sur la tradition du WSSCC consistant à désigner un Président qui a occupé un poste de haut fonctionnaire des Nations Unies et qui exerce ou a exercé des responsabilités au sein d’un gouvernement» (http://wsscc.org/wp-content/uploads/2016/01/COMMUNIQU—DE-PRESSE-Amina-J.-Mohammed-nomm–e-Pr–sidente-de-WSSCC.pdf ).




Par conséquent pour être nommée président(e) du WSSCC, donc Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, il fallait remplir 2 critères cumulables : avoir été haut fonctionnaire des NU et avoir exercé des responsabilités gouvernementales. Si Aminata Touré rencontre ce dernier critère, il n’en est pas de même pour le premier. En effet, Aminata Touré n’a jamais été haut fonctionnaires des Nations Unies. Pour comprendre cela, il faut aller sur le site dédié aux carrières au sein de cette organisation (https://careers.un.org/lbw/Home.aspx ). Au Nations Unies, les emplois se répartissent en cinq (5) catégories : a) les administrateurs et les fonctionnaires de rang supérieur ; b) le personnel des services généraux et services apparentés ; c) les administrateurs recrutés sur le plan national ; d) le personnel du service mobile et ; e) les hauts fonctionnaires. La notion de «haut fonctionnaire» dans le syst;me des Nations Unies a un sens bien défini et vise certaines du personnel explicitement énumérées: le Secrétaire général, le Vice-Secrétaire général, les Secrétaires généraux adjoints (SSA) et les Sous-Secrétaires généraux (SSG) (https://careers.un.org/lbw/home.aspx?viewtype=sc&lang=fr-FR ).



Or, Aminata Touré n’a jamais occupé une fonction de haut fonctionnaire au sein des Nations Unies. Dans l’ensemble de ses états de services onusiens, comme en fait foi sa biographie officielle diffusée par le gouvernement sénégalais ainsi que celle sur la page Facebook de ses souteneurs, elle n’a été que conseillère régionale, coordinatrice de programme et directrice du département droit humain au FNUAP. Soit des emplois qui relèvent de la catégorie «Administrateurs et fonctionnaires de rang supérieur» (https://careers.un.org/lbw/home.aspx?viewtype=sc&lang=fr-FR ). Voilà pourquoi elle ne pouvait être nommée faute de remplir le premier des critères énoncés, à savoir avoir été haut fonctionnaire des Nations Unies. Présenter les choses autrement, relèverait du mensonge et d’une volonté délibérer de duper le Président Macky Sall et le peuple sénégalais.


Lorsqu’on cherche à exercer des responsabilités publiques, le moins que l’on puisse s’attendre de vous est d’avoir une rectitude morale. Cette dernière revêt des formes et pratiques différentes notamment celle de ne pas se faire passer pour ce que l’on est pas ou se déclarer titulaire de parchemins jamais obtenus. Lorsqu’on manque à son devoir de rectitude morale en procédant, par exemple, au badigeonnage de son CV, on démissionne ou on se fait démissionner. C’est la règle dans tous les pays démocratiques. Comment accepter qu’une personne qui serait coupable de tels mensonges, de telles manipulations puisse graviter autour de la première institution de notre république ?

Source Xalima.com
Ibrahima Sadikh NDour
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