"Ce n’est pas chez Wade qu’il faut pleurer sur le mauvais..."

13/01/2020

On ne peut pas ne pas être en colère quand on voit des gens dénoncer auprès de l'ancien président, la mal-gouvernance dont serait coupable le régime de Macky Sall. On a le sentiment de voir des victimes défendant leur bourreau.

Une délégation du mouvement Noo lank, qui se lance dans une croisade contre la hausse du prix de l’électricité, a rendu une visite fort médiatisée au Président Abdoulaye Wade. La résidence du prédécesseur de Macky Sall est devenue un lieu de causette obligé pour les responsables politiques de l’opposition et des activistes de tous ordres.

Les audiences avec l’ancien Président Wade sont très courues et chacun cherche à être reçu et à se faire photographier avec lui, l’air satisfait et, à l’occasion, s’épancher sur les mérites de Abdoulaye Wade et sa stature d’homme d’Etat et de bienfaiteur de l’Etat et de la République.

Cette situation ne manque pas d’étonner. On croirait même rêver. Pourtant, tout le monde peut s’accorder sur l’idée que Abdoulaye Wade n’a jamais changé, il ne s’est jamais renié, n’a jamais exprimé le moindre regret et ne s’est jamais excusé de ses forfaits et méfaits durant tout son parcours politique qui reste jalonné d’assassinats politiques, de violences, de compromissions.

Une fois au pouvoir de 2000 à 2012, Abdoulaye Wade s’est distingué comme le chef de l’Etat qui aura commis les plus hauts faits d’armes en matière de mal gouvernance dans toute l’histoire politique du Sénégal. Abdoulaye Wade a fini de signer tout ce qu’il peut y avoir comme turpitude. Le règne du Président Wade a été marqué par de graves atteintes aux libertés démocratiques et aux droits humains.

Si Abdoulaye Wade devient donc subitement le mur de lamentations ou celui chez qui il faut aller chercher la bonne parole, c’est sans doute parce que ses visiteurs, ces personnes qui le pourfendaient hier, ont changé et révèlent leur manque de constance et de suite dans les idées. On ne le dira jamais assez, il peut être loisible à chacun d’épouser et de porter n’importe quelle cause, mais il est important de se montrer conséquent et surtout de ne pas insulter l’intelligence des autres Sénégalais.

La manœuvre est claire, faute de pouvoir mobiliser une opinion publique pour leurs causes, les hôtes de Abdoulaye Wade cherchent à compter dans les rangs les militants restés encore fidèles au leader du Parti démocratique sénégalais (PDS).

Ce n’est pas chez Wade qu’il faut pleurer pour l’électricité

La première décision du Président Abdoulaye Wade en 2000 avait été de remettre en cause la gestion de la Senelec, confiée par le régime du Président Abdou Diouf à une firme internationale Hydro Québec.

De nombreuses voix s’étaient élevées pour mettre en garde le gouvernement de Abdoulaye Wade contre une telle hérésie, car Hydro Québec s’engageait à rénover tout le système de production et d’exploitation de la compagnie nationale d’électricité. Le choix du Président Abdou Diouf de confier la gestion à des professionnels dont les compétences sont internationalement reconnues procédait de la même logique de la privatisation de la Sonatel.

Mais Abdoulaye Wade, qui cherchait à défaire tout ce que Abdou Diouf avait réalisé avant lui, se faisait une fixation de retirer la concession allouée à Hydro Québec. Il voulait faire de même avec Orange, mais l’Etat français le stoppera net. Le Sénégal réglera une facture de plus de 50 milliards de francs Cfa pour dédommager Hydro Québec. La Senelec tomba alors de mal en pis. La compagnie sera mise à genoux par des mauvais choix de gestion et une gabegie scandaleuse.

Ainsi, à la fin du règne de Abdoulaye Wade, la Senelec était l’exemple parlant de l’échec de la gouvernance de son régime. Les consommateurs totalisaient plus de 900 heures de délestage par an. On assista ainsi à des émeutes de l’électricité. C’est dans les nuits sans électricité, sous les lueurs des bougies, que naissait le Mouvement Y’en a marre qui était un cri de révolte contre les coupures d’électricité.

A l’inverse, la première réussite du Président Macky Sall, dès son accession au pouvoir en 2012, a été de régler définitivement le calvaire des coupures d’électricité. Le Sénégal passa ainsi de plus de 900 heures de délestage à moins de 60 heures en 2014. Aujourd’hui, les délestages sont devenus un vieux souvenir. Alors, est-ce simplement que les anciens leaders de Y’en a marre sont devenus amnésiques pour avoir l’outrecuidance de vanter aux Sénégalais les mérites de Abdoulaye Wade et surtout de l’appeler à soutenir des actions contre la politique de Macky Sall dans le secteur de l’électricité ?

Ce n’est pas chez Wade qu’il faut pleurer contre un éventuel troisième mandat de Macky Sall

Pour mobiliser une certaine opinion publique contre l’intention prêtée au Président Macky Sall de briguer en 2024 un troisième mandat de président de la République, les mêmes hommes politiques et membres d’organisations de la société civile vont chez Abdoulaye Wade pour demander son soutien.

Ont-ils oublié qu’en 2012, le Président Wade avait bravé la rue et la communauté internationale pour briguer un troisième mandat ? Abdoulaye Wade avait marché sur plus de 14 cadavres de jeunes manifestants pour pouvoir se présenter à l’élection de 2012 et essuyer une cuisante défaite face à Macky Sall. Il est absurde et révoltant que ceux qui étaient au front, notamment le 23 juin 2011, contre le projet de dévolution monarchique du pouvoir entrepris par Abdoulaye Wade au profit de son fils Karim Wade, se mettent aujourd’hui à réclamer le soutien de la famille Wade pour prétendre sauver la démocratie et le système politique et républicain du Sénégal.

Ce n’est pas chez Wade qu’il faut pleurer sur le mauvais sort des institutions de l’Etat et de la démocratie

Président de la République, Abdoulaye Wade a osé tous les tripatouillages des lois fondamentales du Sénégal. Dans son comportement de tous les jours, il a bafoué les autres institutions de l’Etat. Le 9 novembre 2010, devant des juges venus du monde entier pour la réunion annuelle de l’Union internationale des magistrats, le Président Abdoulaye Wade avait insulté les magistrats en leur balançant à la figure l’allégorie du maître et de l’esclave, pour dire que les juges sénégalais ne sauraient se montrer indépendants. Quel drôle de respect pour les institutions de l’Etat ! Abdoulaye Wade déplaçait comme il voulait les juges qui ne lui obéissaient pas. 

C’est le président de la République Abdoulaye Wade qui prenait sa plume pour critiquer dans les médias des décisions de justice qui lui étaient défavorables et déclarer publiquement refuser de les appliquer. C’est le même Abdoulaye Wade qui avait investi dans des listes aux élections locales le khalife général des Mourides, Serigne Saliou Mbacké. C’est le même Abdoulaye Wade qui a contourné la décision de la justice d’interdire l’utilisation de la photo du président de la République sur des bulletins de vote à des élections législatives pour y mettre en lieu et place une ombre on ne peut plus reconnaissable.

En 2007, Abdoulaye Wade refusa l’audit du fichier électoral réclamé par l’opposition et organisa ces élections sans cette opposition, avec un taux de participation historiquement faible de 34,7%. C’est le Président Abdoulaye Wade qui avait fait révoquer, le 14 janvier 2009, les députés Moustapha Cissé Lô et Mbaye Ndiaye qui avaient choisi de soutenir le combat politique de Macky Sall.Abdoulaye Wade, à la tête du Sénégal, a eu à commettre toutes les dérives contre les libertés et le respect des droits humains.

En douze ans de règne, il avait systématiquement refusé de recevoir les organisations de défenseurs des droits humains. Devenu président de la République, Abdoulaye Wade a signé le crime de l’assassinat du juge constitutionnel Me Babacar Sèye. Il  s’empressa en janvier 2002 de sortir de prison la bande à Amadou Clédor Sène avant de leur faire bénéficier d’une amnistie avec la fameuse loi Ezzan le 17 février 2005.

Le même Amadou Clédor Sène restera impuni après avoir été arrêté en novembre 2007 pour trafic international de cocaïne. Abdoulaye Wade va encore couvrir les agresseurs aux marteaux de Talla Sylla qui avait sorti un tube musical, chantant les forfaitures de Abdoulaye Wade. Tout journaliste ou leader d’opinion qui se mettait à critiquer Abdoulaye Wade subissait ses foudres.

Abdoulaye Wade devrait être gêné et embarrassé en recevant des opposants qui viennent auprès de lui se plaindre des interdictions de manifestation. Aussi, combien de journalistes ont été arrêtés et emprisonnés durant le règne de Abdoulaye Wade ?

Les journaux L’As et 24 Heures avaient été attaqués par des sbires de Abdoulaye Wade, président de la République. Les radios Première Fm, Sud Fm, Walf Fm, Oxy-Jeunes ont vu leur signal coupé sous le régime de Abdoulaye Wade. Il donnait publiquement consigne de ne pas donner de la publicité à des médias jugés hostiles à son régime.

Ce n’est pas chez Abdoulaye Wade qu’un manifestant politique interdit devrait pouvoir chercher refuge

Combien d’opposants avaient été persécutés, gazés, tabassés et emprisonnés par le régime de Abdoulaye Wade ? D’autres ont péri sous les balles des forces de sécurité ou sous les roues de leurs camions. Abdoulaye Wade a traqué ses anciens Premier ministres Idrissa Seck, Moustapha Niasse et Macky Sall, respectivement pour malversations financières oupour une histoire burlesque de trafic de passeports diplomatiques ou pour un trafic supposé de devises étrangères.

En mars 2011, le régime de Abdoulaye Wade arrêta un groupe de jeunes du parti de Macky Sall, accusés de vouloir perpétrer un risible coup d’Etat. Abdoulaye Wade insultera la communauté halpular pour un supposé soutien ethnique à Macky Sall. La communauté chrétienne du Sénégal sera unanimement choquée par des déclarations du Président Abdoulaye Wade, dont la police poussera le bouchon jusqu’à profaner leur principal lieu de culte à Dakar, en y pénétrant pour arrêter l’opposant Jean Paul Dias, durant une messe du Vendredi Saint.

Le régime de Abdoulaye Wade enverra des «gros bras» pour faire sa fête à l’opposant Barthélemy Dias. Ce dernier se défendra en usant d’une arme à feu et tua Ndiaga Diouf, un de ses agresseurs. Barthélemy Dias sera jeté en prison jusqu’à l’arrivée de Macky Sall qui le fera libérer. Le Président Abdoulaye Wade avait toujours dans son collimateur le maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, jusqu’à soulever les marchands ambulants contre l’édile de la capitale.

On finit par avoir le sentiment que les nouveaux visiteurs de Abdoulaye Wade sont des victimes sous emprise qui défendraient leur bourreau.

Ce n’est pas chez Wade qu’il faut pleurer pour la prévarication de ressources publiques

On ne peut pas ne pas être en colère quand on voit des gens dénoncer auprès de Abdoulaye Wade la mal-gouvernance du Sénégal dont serait coupable le régime de Macky Sall. De qui se moque-t-on ? Qui ne s’était pas ému de la gabegie des ressources publiques du fait du Président Wade et de son fils Karim Wade ?

Qui avait fini de dépecer les réserves foncières de Dakar jusqu’à amputer le périmètre de l’aéroport de Dakar de plus de la moitié de la superficie dans le cadre d’opérations de spéculation foncière ? Qui a donné des contrats pétroliers et gaziers à Frank Timis si ce n’est Abdoulaye Wade et son fils Karim Wade, ministre de l’Energie ?

Qui avait chassé la compagnie minière Kumba Resources, des mines de fer de la Falémé, pour faire venir Arcelor Mittal ? Le régime de Macky Sall a été obligé de payer quelque 75 millions de dollars pour dédommager Kumba Resources pour les turpitudes du régime de Wade. Plus de 400 milliards de francs Cfa avaient été déjà engloutis par le régime Wade dans le chantier de l’aéroport Blaise Diagne avant que le Président Macky Sall ne mît un garrot à cette hémorragie financière et fit terminer les travaux par une entreprise turque.

Qui a encore pu oublier que c’est le régime de Abdoulaye Wade qui avait disloqué le tissu industriel du Sénégal avec la déstructuration notamment des Industries chimiques du Sénégal (Ics) et des Chemins de fer, ainsi que de la Sonacos ? Ces deux dernières entités ont été données au franc symbolique par Karim Wade à son ami Abbas Jaber.

Qui a provoqué la descente aux enfers de l’hôtel King Fahd Palace en chassant de manière rocambolesque l’exploitant, le groupe international Starwood ? Le secteur du tourisme sénégalais n‘a jamais autant souffert que du temps de Abdoulaye Wade.

On voit donc que c’est facile, selon les postures du moment, de vouloir refaire le monde ou berner une opinion publique pour l’emballer dans une cause, mais les faits restent têtus. Il n’y a pas de quoi être amnésique, tous les visiteurs du Président Wade du moment ont bien conscience de tout ce qui s’est fait. Il est tout de même triste qu’une personne d’un tel âge se fasse exposer et victime de tentatives de manipulation sur tout combat par toute personne ayant un agenda propre.

Nul ne l’accepterait pour ses propres parents ! Il n’en demeure pas moins que la réponse du Président Wade à ses visiteurs reste bien symbolique de toute une posture constante chez lui. Les choses se jouent dans un après-Macky Sall que Abdoulaye Wade n’imagine pas sans Karim Wade.  

PAR MADIAMBAL DIAGNE


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